PER des professions libérales : 154 bis ou 163 quatervicies, quel régime choisir en 2026 ?

Votre retraite de libéral : une maison qu’on construit soi-même

Vous êtes infirmier, kinésithérapeute, avocat, architecte, consultant ou thérapeute. Vous travaillez beaucoup, vous gérez vos charges, vos patients ou vos clients. Et un jour, en ouvrant votre relevé de carrière, une question vous serre un peu le ventre : « Avec ça, comment vais-je vivre à la retraite ? »

Cette inquiétude est légitime. En effet, un salarié bénéficie d’une retraite en partie construite par son employeur. En revanche, un indépendant bâtit sa maison seul : les régimes obligatoires en posent les fondations, mais les murs et le toit dépendent souvent de ce qu’il prépare lui-même. J’en détaille les raisons dans l’article Retraite des professions libérales : les pièges de la sous-estimation.

Parmi les outils disponibles, le Plan d’Épargne Retraite (PER) occupe une place particulière. Or, pour une profession libérale, il présente une subtilité souvent méconnue : deux régimes fiscaux différents pour déduire ses versements. Bien choisir entre les deux peut changer sensiblement l’économie d’impôt obtenue chaque année.

Le PER, un outil pensé aussi pour les indépendants

Le PER individuel permet de se constituer une épargne pour la retraite, récupérable à ce moment-là en capital, en rente ou en combinant les deux. Les sommes restent en principe disponibles à la retraite, avec quelques cas de déblocage anticipé prévus par la loi, comme l’achat de la résidence principale.

Son principal attrait : les versements volontaires peuvent être déduits de vos revenus imposables, dans certaines limites. Ainsi, plus votre tranche marginale d’imposition est élevée, plus l’économie d’impôt est importante.

Pour un travailleur non salarié, cette déduction peut passer par deux « robinets » distincts :

  • l’article 154 bis du Code général des impôts, qui puise dans votre bénéfice professionnel ;
  • l’article 163 quatervicies, qui puise dans le revenu global de votre foyer.

L’eau finit dans la même baignoire, votre épargne retraite. Mais le débit maximal, le moment où vous le connaissez et la possibilité de rattraper ce que vous n’avez pas utilisé diffèrent d’un robinet à l’autre.

Premier robinet : l’article 154 bis, la déduction sur le bénéfice

C’est l’héritier des anciens contrats Madelin. Il est réservé aux indépendants imposés au régime réel (BNC ou BIC) et aux gérants majoritaires.

Comment se calcule le plafond ? Il repose sur le bénéfice de l’année en cours et sur le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), fixé à 48 060 € pour 2026. Il additionne deux parts :

  • 10 % du bénéfice, retenu dans la limite de 8 PASS ;
  • 15 % supplémentaires sur la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS.

De plus, un plancher de 4 806 € est garanti, même en cas de bénéfice faible ou nul. Le plafond peut atteindre 88 911 € en 2026 pour les bénéfices les plus élevés.

Ses atouts : une enveloppe très généreuse dès que le bénéfice dépasse le PASS, grâce à la tranche de 15 %.

Ses contraintes : le plafond dépend du bénéfice définitif, connu seulement à la clôture de l’exercice. Par ailleurs, la part non utilisée une année est perdue. Enfin, elle ne peut pas être partagée avec le conjoint.

Second robinet : l’article 163 quatervicies, la déduction sur le revenu global

C’est le régime commun à tous les foyers fiscaux, salariés comme indépendants. Il est d’ailleurs le seul accessible aux professions libérales en micro-entreprise, qui ne déterminent pas de bénéfice au réel.

Comment se calcule le plafond ? Il correspond à 10 % des revenus professionnels de l’année précédente, dans la limite de 8 PASS. En 2026, il va d’un plancher de 4 710 € à un maximum de 37 680 €. Toutefois, pour un indépendant, il est diminué des sommes déjà déduites au titre du 154 bis : il n’y a pas de double avantage.

Ses atouts :

  • le montant est connu à l’avance : il figure sur votre avis d’imposition ;
  • la part non utilisée se reporte sur les années suivantes : 3 ans, et 5 ans pour les plafonds nés à partir de 2026 ;
  • les couples mariés ou pacsés peuvent mutualiser leurs plafonds.

Sa contrainte : une enveloppe annuelle plus modeste que celle du 154 bis pour les bénéfices élevés.

Les deux régimes côte à côte

CritèreArticle 154 bisArticle 163 quatervicies
Déduction surBénéfice professionnelRevenu global du foyer
Base de calculBénéfice de l’année en coursRevenus professionnels de l’année précédente
Plancher 20264 806 €4 710 €
Maximum 202688 911 €37 680 €
Montant connu à l’avanceNonOui, sur l’avis d’imposition
Report du plafond non utiliséNonOui, 3 à 5 ans
Mutualisation avec le conjointNonOui
Accessible en micro-entrepriseNonOui

Les deux régimes ne s’excluent pas : ils peuvent se combiner la même année, dans le respect des plafonds de chacun.

Un exemple concret : Camille, kinésithérapeute

Camille exerce en libéral au régime réel. Son bénéfice 2026 est estimé à 60 000 €. Mariée, son foyer compte deux parts fiscales et un revenu imposable d’environ 100 000 €, ce qui la place dans la tranche marginale d’imposition à 30 %. Elle souhaite verser 20 000 € sur son PER cette année.

Par ailleurs, son avis d’imposition indique 10 000 € de plafond disponible, reports compris. Son conjoint dispose de 5 000 € qu’il n’utilisera pas.

StratégieMontant déductibleÉconomie d’impôt estimée
Tout en 163 quatervicies, avec le plafond du conjoint15 000 €4 500 €
Tout en 154 bis7 791 €2 337 €
15 000 € en 163 quatervicies, puis 5 000 € en 154 bis20 000 €6 000 €

En combinant les deux robinets, Camille rend la totalité de son versement déductible. En passant uniquement par le 154 bis, elle aurait laissé plus de 3 600 € d’économie d’impôt sur la table.

Attention à ne pas mal lire ce tableau : l’écart ne vient pas du taux d’économie, identique dans les trois cas (30 %), mais du montant que chaque régime permet de déduire. À l’inverse, avec un bénéfice plus élevé, le 154 bis aurait pu couvrir à lui seul les 20 000 €.

Exemple fictif et simplifié : économie calculée au taux marginal, sans tenir compte d’un éventuel changement de tranche ni du quotient familial.

Comment choisir : les 4 questions à se poser

  1. Êtes-vous au régime réel ou en micro-entreprise ? En micro-entreprise, seul le 163 quatervicies est accessible.
  2. Que dit votre avis d’imposition ? Le plafond disponible, reports compris, y figure. S’il couvre votre versement, le 163 quatervicies est souvent le plus simple et le plus sûr.
  3. Votre bénéfice de l’année est-il stable ou irrégulier ? Le plafond 154 bis dépend du bénéfice final. En cas d’activité fluctuante, mieux vaut verser en fin d’année, une fois le résultat estimé avec votre expert-comptable.
  4. Souhaitez-vous verser davantage que votre disponible 163 quatervicies ? Le 154 bis prend alors le relais pour la part excédentaire, surtout si votre bénéfice dépasse le PASS.

Comme au restaurant, on ne choisit pas le même plat selon l’appétit du jour : la bonne combinaison dépend de votre situation de l’année, et elle peut changer d’une année à l’autre.

Vous êtes indépendant(e)s et vous vous demandez où en est votre retraite ? Découvrez mon accompagnement dédié à la retraite des indépendants.

Et la tranche d’imposition dans tout ça ?

Le plafond indique combien vous pouvez déduire. Votre tranche marginale d’imposition (TMI) indique combien chaque euro déduit vous rapporte vraiment.

Imaginez un escalier. Tant que vous restez sur le palier des 30 %, chaque euro versé vous fait économiser 30 centimes d’impôt. Mais si la déduction vous fait descendre sur le palier des 11 %, les euros suivants ne rapportent plus que 11 centimes.

Voici le barème 2026, appliqué aux revenus 2025, par part de quotient familial :

TrancheRevenu imposable par part
0 %jusqu’à 11 600 €
11 %de 11 601 € à 29 579 €
30 %de 29 580 € à 84 577 €
41 %de 84 578 € à 181 917 €
45 %au-delà de 181 917 €

Concrètement, pour savoir jusqu’où vos versements restent pleinement efficaces, un calcul simple suffit : revenu imposable par part, moins le seuil bas de votre tranche, multiplié par le nombre de parts.

Pour Camille : 50 000 € par part, moins 29 579 €, multiplié par 2 parts, soit environ 40 800 €. Son versement de 20 000 € reste donc entièrement dans la tranche à 30 %.

Il n’existe pas de montant maximal pour verser sur un PER : ce qui est limité, c’est la part que vous pouvez déduire. Et le versement le plus intéressant fiscalement dépend de l’endroit où se situe votre revenu dans votre tranche. Autrement dit, plus vous êtes proche du seuil bas, plus la marge est étroite. Le bon montant à verser est donc souvent le plus petit de trois chiffres : votre plafond disponible, votre marge avant de changer de tranche et votre capacité d’épargne réelle.

Pour calculer ce montant selon votre propre situation, vous pouvez utiliser le simulateur de l’article PER des indépendants : combien verser pour vraiment payer moins d’impôt ?

Pensez enfin à la sortie : les sommes déduites seront imposées à la retraite. Le PER est d’autant plus intéressant que votre tranche d’imposition est élevée aujourd’hui et plus basse demain. Avec une TMI de 11 %, l’avantage fiscal devient modeste au regard d’une épargne bloquée jusqu’à la retraite.

Points de vigilance avant de verser

  • Indiquer le régime choisi à chaque versement. L’organisme qui gère le PER doit savoir à quel régime rattacher la somme pour établir l’attestation fiscale.
  • Se coordonner avec l’expert-comptable. Les versements 154 bis se déclarent dans la déclaration professionnelle ; les versements 163 quatervicies sur la déclaration de revenus du foyer.
  • Penser à la sortie. Un versement déduit à l’entrée est imposé à la sortie. L’intérêt est maximal quand la tranche d’imposition à la retraite est plus faible qu’aujourd’hui.
  • Accepter une épargne bloquée. Hors cas de déblocage anticipé, les sommes restent investies jusqu’à la retraite. Le PER complète une épargne disponible, il ne la remplace pas.
  • Tenir compte de l’âge. Depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués à partir de 70 ans ne sont plus déductibles.
  • Suivre l’actualité fiscale. Les règles d’articulation entre les deux régimes ont été précisées par l’administration en 2026 et font encore débat entre spécialistes.

Questions fréquentes

Peut-on utiliser les deux régimes la même année ? Oui. Il suffit alors de répartir ses versements et d’indiquer pour chacun le régime choisi, dans la limite des plafonds respectifs.

Je suis en micro-entreprise : ai-je droit au PER ? Oui, mais uniquement via l’article 163 quatervicies, sur la base des revenus déclarés l’année précédente.

Que se passe-t-il si je dépasse mon plafond ? La part excédentaire reste sur le PER, mais elle n’est pas déductible. À la sortie, elle ne sera pas imposée comme un versement déduit.

Mon ancien contrat Madelin est-il concerné ? Les contrats Madelin ne sont plus commercialisés depuis le 1er octobre 2020, mais ils peuvent être transférés vers un PER. Les sommes transférées relèvent alors du compartiment lié au 154 bis.

Le PER réduit-il mes cotisations sociales ? L’avantage porte sur l’impôt sur le revenu. Pour l’impact éventuel sur vos cotisations, votre expert-comptable reste l’interlocuteur de référence.

Bon à savoir : cet article présente les grands principes. Chaque dispositif comporte des conditions, des plafonds et des subtilités qui ne peuvent pas tous être détaillés ici, et son intérêt dépend avant tout de votre situation personnelle. Chaque situation mérite donc une étude au cas par cas.

En résumé

Pour une profession libérale, le PER n’offre pas une seule porte d’entrée fiscale, mais deux. Le 163 quatervicies apporte la visibilité, les reports et la mutualisation. De son côté, le 154 bis apporte une enveloppe bien plus large quand le bénéfice le permet. Par conséquent, utilisés ensemble et au bon moment, ils permettent de préparer sa retraite tout en allégeant son impôt.

Préparer sa retraite, c’est un peu comme entretenir sa santé : un bilan régulier évite bien des mauvaises surprises.

Et vous, savez-vous aujourd’hui quel montant de plafond PER vous attend sur votre avis d’imposition ?

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ELG Avenir — Élodie Griffaton, conseillère en gestion de patrimoine

Article à vocation informative, non contractuel. Il ne constitue pas un conseil personnalisé. Chiffres et règles en vigueur en novembre 2026, susceptibles d’évoluer. Textes de référence : articles 154 bis et 163 quatervicies du Code général des impôts, loi de finances pour 2026.

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